Exposition Matière au Château Conti du 30 avril au 13 mai 2025

Du 30 avril au 13 mai, le Château Conti a accueilli une exposition aussi singulière que poétique, réunissant photographies et peintures dans un cadre d’exception. Cet écrin majestueux, entre pierres chargées d’histoire et lumière naturelle traversant les grandes fenêtres, a offert un contrepoint parfait aux œuvres présentées, oscillant entre fragilité de la nature et traces du temps urbain.

Jeu de lumière et d’ombre, peindre tout en nuances de gris

La collection consacrée aux peintures s’éloigne volontairement du geste pictural traditionnel. Ici, l’artiste s’inspire du photographe isolé dans sa chambre noire. L’acte de peindre devient alors un processus presque magique. L’artiste utilise la technique empruntée à la gravure « La manière noire ». Des surfaces, recouvertes de peinture noire, émergent peu à peu les formes, à la manière de clichés en cours de développement. Il s’agit alors d’inviter à la surprise, de suggérer tout en nuances plutôt que d’affirmer, jusqu’à faire apparaître son sujet et où l’on devient alors son premier spectateur.

L’éphémère marin, beauté fragile à marée basse

La première série photographique Ephémères nous interpelle d’entrée. On s’interroge : s’agit-il d’une mise en scène ? La nature suffit-elle à créer, à elle seule, une esthétique aussi saisissante ? Ces algues marines échouées sur la plage, à marée basse, deviennent les héroïnes silencieuses d’un ballet visuel. La photographe a capturé ces fragments végétaux avec une urgence discrète, conscient que la marée haute les emporterait à nouveau. « Éphémères » résume à la fois la brièveté de leur présence et l’unicité de chaque forme, chaque texture, chaque composition improvisée par la mer. Ces clichés racontent la mer autrement, non pas par l’horizon ou les vagues, mais par ce qu’elle laisse derrière elle, l’espace d’un instant.

Urbanités en décomposition, poésie de la décrépitude

En contraste, la seconde série photographique Fragments nous plonge dans un univers urbain, brut et texturé. Murs fissurés, peintures écaillées, moisissures, tôles oxydées : autant de marques du temps, que l’objectif du photographe isole et sublime. Elle en fait surgir des formes inattendues, presque picturales, brouillant la frontière entre réel et illusion.
Ce qui semblait banal ou dégradé, souvent ignoré, se transforme en tableaux abstraits, en surfaces à décrypter.

L’artiste nous invite à contempler la beauté dans ce qui s’effrite et nous propose une lecture sensible de l’espace urbain comme un lieu vivant, vulnérable, presque organique où chacun peut projeter ses propres récits.

Une exposition comme un voyage intérieur

Au fil des salles du Château Conti, cette exposition tisse un fil rouge subtil : celui du temps qui passe, des choses qui apparaissent et disparaissent. Entre la mer et la ville, entre lumière et obscurité, elle nous invite à voir autrement, à ralentir, à observer. À comprendre que l’éphémère est peut-être ce qu’il y a de plus durable dans notre mémoire.